La fessée

« A nice short French comedy » peut on lire sur IMDB. 10 millions de vues, visionné dans le monde entier, je suis assez fier du parcours de ce petit film que j’ai réalisé il y a tout juste 10 ans.

« La fessée » une comédie noire de trois minutes qui bouscule.

Le script je me souviens très bien l’avoir écris en une soirée. En réaction à un petit événement dont j’avais été le témoin (et sans doute en avez-vous assisté une variante)

En balade (sur le tracé touristique de la baie du Mont Saint-Michel), j’assiste avec mes enfants, à la scène suivante : un père flanque une belle rouste à son fils en lui hurlant :

« C’est pas bien de taper ! »

La foule autour de lui ne le gène pas. Certains reste interloqué. Personne ne sait vraiment comment réagir (moi le premier) et mon fils lui, alors âgé de 10 ans, explose de rire. Ben oui, il y a quand même quelque chose de profondément absurde ici.

C’est sa réaction qui m’a donné l’idée du film.

J’ai simplement pousser les curseurs. Humour, dérision, voyage en absurdie :

Un jeune garçon offre à sa mère innocente, un curieux livre. Un manuel sur la bonne manière d’exécuter la fessée. Et oui, c’est en la donnant – parait-il – qu’on parvient à faire rentrer les idées dans la tête d’un gosse, et par conséquent notre garçon désireux d’être un fils modèle s’est dit « voilà une belle idée de cadeau pour ma maman ».
Ensemble ils entreprennent donc de mettre en application cette fameuse dont beaucoup semblent vanter les mérites. Dans les règles de l’art, bien évidemment, en suivant scrupuleusement toutes les étapes du manuel… !

Humour noir, dérision, à prendre au énième degré évidemment, pas de morale, le sujet divise, le film cherche plus à questionner pas l’absurdité de la situation qu’à délivrer un message, une cinématographie un peu surannée (superbe photo de Dominique Marion Peredone) pour donner au film un aspect intemporel ou du moins ne pas l’ancrer dans une époque (car le sujet l’est, intemporel) et côté récit, évidemment, ce n’est pas pour rien que le père est absent et qu’il est invoqué à la fin, bref je ne vous en dis pas plus, je vous laisse découvrir …

Autre chose m’a poussé à réaliser ce film.

En 2016, les châtiments corporels n’étaient pas interdits en France. (Le film s’achève d’ailleurs sur ce constat.)

Depuis, les choses ont heureusement changé.

En 2019, la loi française a inscrit dans le Code civil que l’autorité parentale doit s’exercer sans violences physiques ou psychologiques. Avancée importante. La moindre des choses pour commencer à faire évoluer des idées reçues fortement ancrées. (Ah ces sempiternelles phrases toutes faites, « on a toujours fait comme ça » « moi j’en ai reçu et je ne m’en porte pas plus mal » )

La question n’était pas seulement la fessée.

C’était la violence quand elle se déguise en pédagogie.
La brutalité quand elle prétend corriger.
La punition quand elle devient une méthode.

Et cette question dépasse largement l’enfance.

Dans notre société, l’idée qu’on peut “remettre quelqu’un à sa place” par la force reste profondément ancrée. Les enfants en font les frais. Les femmes en font les frais. Beaucoup de rapports de domination continuent de se nourrir de cette vieille croyance : frapper, humilier, contraindre, ce serait parfois “nécessaire”.

Non.

Une société avance quand elle cesse de confondre autorité et violence.

Et si ce petit film continue d’être vu, partagé, commenté, discuté, dix ans après sa réalisation, j’en suis heureux.

Parce qu’au fond, derrière l’absurde, c’est bien cette question-là qu’il posait.

Qu’est-ce qu’on transmet vraiment quand on frappe ?

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